Je mordille donc je suis :-) / Au secours, mon chien-loup mordille !

Les chiens-loups, qu’ils soient de Saarloos ou tchécoslovaques, sont de grands mordilleurs. Au point que, parfois, certains propriétaires s’avouent débordés, désemparés, prêts à craquer. Cet aspect, exacerbé chez ma première Saarloos, aujourd’hui âgée de presque 12 ans, m’a moi aussi déroutée dans le temps. C’est pourquoi j’ai eu envie de réfléchir à cette question, et de partager mes réflexions avec vous.

Du côté des chiens : généralité sur le mordillement

La gueule, chez le chien, est un peu l’équivalent des mains chez l’être humain. Avec, en plus, une sensibilité olfactive et gustative que nos mains n’ont pas. Le chiot découvre ainsi le monde en l’explorant oralement. Il prend tout en bouche, goûte, mâchonne, déchiquette, détruit, ingère. De cette façon, il classe son environnement en bon / pas bon / sans intérêt (neutre). Avec évidemment un palais et des attirances bien différents des nôtres, d’où certaines incompréhension entre lui et nous (mes chaussons / mon canapé / mes sous-vêtements étaient-ils vraiment tellement bons ???)… Durant son développement, le chiot a donc une oralité forte, aggravée un temps par le changement de denture et les douleurs qui en découlent.

Le chiot explore le monde en mordillant, apaise ses éventuelles douleurs dentaires,
s’occupe et se défoule

Parallèlement, auprès de ses frères et sœurs, ou auprès des chiots qu’il côtoie, il teste sa mâchoire dans le jeu. Ainsi, par le très sérieux jeu du « mordeur-mordu », il apprend à se contrôler et à inhiber ses morsures. Bien des chiots mordillent également leur propriétaire. Mais dans ce domaine, peu de chiots sont aussi « redoutables » que les chiens-loups, qu’ils soient de Saarloos ou tchécoslovaques. En effet, à cet exercice, les chiots chiens-loups sont assurément de vrais champions ! Evidemment, l’on trouvera d’autres races très mordilleuses. Et, par-delà toute notion de race, des individus habités par cet irrépressible besoin de tout mâchouiller, de tout porter en gueule. Mais l’on pourrait dire que les chiens-loups, eux, ont érigé le mordillement en dogme, en mode d’« être au monde ». Avec les chiens-loups, c’est un peu, pour paraphraser Descartes, « Je mordille donc je suis» !

Une manière de communiquer

D’où cela leur vient-il ? S’agit-il d’un atavisme ? D’une survivance du sauvage en eux ? Très certainement. Les loups se mordillent ainsi le museau pour exprimer leur affection, pour souder le clan familial, pour se prêter allégeance. La mâchoire sert à bloquer, arrêter, forcer à l’immobilité, mais aussi à demander, calmer, apaiser, signifier son plaisir ou son mécontentement. Si l’on regarde des chiens-loups interagir, l’on voit bien à quel point ils communiquent par mordillements et léchages mutuels. Comme ils s’attrapent par le bas du dos, arrêtent avec leurs dents l’effronté qui s’agite, court trop vite et ne respecte par les codes.

Affection, allégeance, ritualisation : la prise en gueule est communication. Elle l’est chez les loups, mais elle l’est aussi chez nos chiens-loups. Ainsi attrapent-ils le mollet, la main, le bras de l’être d’attachement, avec une mise en bouche plus ou moins brutale, plus ou moins longue, plus ou moins dosée. A chaque fois, c’est une autre émotion qui s’exprime. La joie, la frustration, l’excitation, le contentement, parfois même le déplaisir ou l’irritation. « Je suis tellement heureux », « arrête tout de suite, tu m’énerves », ou « j’aime ce jeu, ô que j’aime ce jeu » serait-on tenté de traduire certains de leurs mordillements d’affection, de demande d’immobilisation, de contentement… Et que dire lorsqu’ils nous mangent de leur amour vorace, entier, primitif, tellement parfait ?

prise gueule«Calme-toi petit jeunot effronté !»

 

Accepter ? Refuser ? Avant tout, analyser, comprendre et agir en conséquence…

Parfois, avouons-le, cela fait mal ! Notre peau est plus fragile, et nous ne sommes pas des chiens-loups ! Mais alors, comment procéder ? Avec méthode, constance et intelligence… Il convient tout d’abord de comprendre le mordillement. Pourquoi mon chien-loup me mordille-t-il ? Et surtout, s’agit-il d’un mordillement ou d’une morsure ? Après une absence, le mordillement sera signe de joie. Une émotion aussi intense ne doit pas être brisée : c’est un élan de vie, l’élan d’un animal social qui retrouve enfin son ancrage, sa lumière. Refuser cette marque de tendresse reviendrait à refuser à un enfant de se blottir entre les bras aimés en babillant son bonheur.

Néanmoins, l’on veillera à ne pas tolérer les débordements. Il est ainsi possible de travailler ceci en amont (apprendre au chien à gérer sa frustration, son excitation, comprendre son profil émotionnel pour adapter ses réponses et ses demandes), ou de réorienter des mordillements trop appuyés sur un boudin ou un objet / jouet dédié. Profiter d’une manifestation de tendresse oui, mais subir une surexcitation ou une frustration mal tolérée, mal gérée, non ! L’on peut se figer et, en cas d’insistance, se retirer de l’équation le temps que la tension émotionnelle redescende. L’on peut aussi, en restant très calme, aider l’animal à se calmer lui aussi. Faire baisser l’excitation par une voix douce et encourager le retour au calme par des mots doucement susurrés.

Combler les besoins de son chien-loup pour éviter les débordements

Bien sûr, l’on veillera aussi à combler les besoins masticatoires des chiens-loups, chiots, juvéniles mais aussi adultes. Cela vaut pour tous les chiens, mais peut-être encore plus pour les Saarloos ou tchécoslovaques. Et l’on veillera à bien les défouler physiquement et mentalement, car un trop-plein d’énergie fait le lit des mordillements divers et variés. En effet, mordre apaise, calme, occupe, fatigue.

En résumé, l’on peut ainsi dire que le mordillement chez le chiot ou l’adulte chien-loup est lié à bien des facteurs : émotions, excitation, énergie, frustration, découverte, apprentissage. Certains mordillements doivent être acceptés pour ce qu’ils sont : une marque d’affection, la preuve du lien entre le chien et son (ou ses) humain(s). Ils peuvent durer toute la vie du chien. Ainsi ma petite femelle tchécoslovaque, Ambra, me mordille-t-elle avec énergie tout en se dandinant comme un petit loup juvénile, baissant la tête et les oreilles comme si elle me prêtait allégeance. Ma vieille femelle Saarloos, elle, me prend les doigts dans la bouche en roucoulant de bonheur. Ces mordillements-là, assurément, ne doivent surtout pas valoir réprimande au chien. Lorsqu’Ambra déborde, je le lui dis (« aïe »), et je lui propose quelque chose à mordiller à la place de mon avant-bras. Généralement, elle préfère doser sa morsure plutôt que de renoncer à ma peau et de passer sur le boudin ou la chaussure. Et l’on peut continuer tranquillement à se dire bonjour, calmement, poliment, avec toute l’affection que nous avons l’une pour l’autre.

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Pour certains individus, tout est bon à mordiller 🙂

Il faut que jeunesse se passe…

C’est généralement dans leurs jeunes années que les chiens-loups peuvent poser problème par leurs mordillements. Une fois qu’ils sont plus âgés, l’on est entré avec eux dans des rituels que l’on comprend et maîtrise bien (et à chaque couple maître-chien les siens). Avec un jeune chien-loup, l’on prendra donc son mal en patience (je pense que bien des propriétaires de chiots comprendront ce que je veux dire !), et l’on tâchera d’appliquer ces quelques conseils, valables pour tous les propriétaires de chiots mordilleurs : anticiper l’excitation, cesser le jeu avant qu’il ne dégénère, se figer et ne plus prêter aucun attention au chiot en cas de débordement, périphériser les plus insistants / coriaces – quitte à s’en aller soi si l’excitation et le débordement deviennent ingérables.

Parallèlement, l’on peut créer des rituels : le soir, après une longue promenade bien fatigante, après des jeux en plein air puis un retour tranquille à la maison, l’on demandera au chiot (ou juvénile) de se mettre à sa place, avec un bon gros os à moelle à mâchonner. Le fait de ronger va le fatiguer encore plus, il assouvira son besoin masticatoire et doucement, pourra s’endormir pour une nuit bien méritée.

https://www.facebook.com/Marie-Perrin-comportementaliste-628685023903171/
Namasté, chien-loup de Saarloos, mordille sa balle avant de s’endormir doucement à nos côtés…

 

 

 

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