Lorsque toutou vieillit

Vivre avec un (ou des) vieux chien(s)

Adopter un chiot, c’est s’engager à l’accompagner durant toute sa vie. L’aider à grandir harmonieusement, à vivre sereinement, puis à vieillir le plus paisiblement possible.

Le Larousse définit la vieillesse comme la « dernière période de la vie normale, caractérisée par un ralentissement des fonctions » ainsi qu’une « diminution des forces physiques et un fléchissement des facultés mentales ». Chez nos compagnons, le vieillissement est fonction des races, et des individus. Ainsi, l’on dit généralement que les chiens de petites races vivent plus longtemps que les chiens de grandes races. Partant de là, souvent leur vieillesse débute plus tard. Enfin, d’un point de vue général, dans nos contrées, l’espérance de vie moyenne des chiens est estimée à environ 13 ans.

Comment l’âge affecte-t-il nos chiens ?

Les vieux chiens dorment beaucoup, ils ont besoin de repos, de tranquillité. Certains sujets deviennent irritables. Ils ne supportent plus les manipulations, agressent par peur ou par douleur. Ils peinent généralement à maintenir leur homéostasie sensorielle (équilibre interne). Ils peuvent être atteints de troubles cognitifs, comportementaux et émotionnels, souffrir de désorientation, de déambulations, de stéréotypies. Parfois, leur rythme veille-sommeil est profondément altéré. Certains chiens redeviennent « malpropres », vocalisent, se livrent à des destructions. Enfin, bien sûr, leur santé est impactée par l’âge : avec les années, vient le cortège des maladies liées à la sénescence, de l’arthrose à la démence.

Que peut-on faire pour son vieux chien ?

Avant tout : être attentif à ses besoins ! Il faut prendre le temps de le regarder, de l’observer, de comprendre ce qu’il vit et d’adapter ses gestes, ses attitudes et ses demandes. Il apprend plus lentement, semble parfois ne plus se souvenir. A l’instar des êtres humains, les vieux chiens peuvent être atteints de dépression.

Certes, un vieux chien passe beaucoup de temps dans les bras de Morphée, mais est-ce une raison pour le négliger ? Il marche plus lentement, voire très lentement (en mode escargot), mais est-ce une raison pour le sortir moins ? Un chien vieillissant a besoin d’occupations, besoin d’éprouver du plaisir – manger, se promener, s’allonger au soleil. Il a également besoin d’être protégé, qu’on lui garantisse une stabilité émotionnelle. Il faut ainsi veiller à lui éviter tout stress inutile, être empathique, bienveillant, avoir avec lui des interactions positives. Les vieux chiens méritent d’être entourés de toute notre affection, de tous nos soins et de tout notre amour.

Mon expérience personnelle

Parmi les chiens qui ont jalonné ma vie, Tamara, Comète et Netsuké, trois petites croisées épagneul de la même famille (deux soeurs et leur nièce / fille), ont vécu jusqu’à des âges vénérables, puisque deux d’entre elles sont parties à l’aube de leur 17e anniversaire, la troisième allait avoir 18 ans. Pour Netsuké néanmoins, je continue, quatre ans plus tard, à m’interroger, avec chagrin. Ai-je tout fait pour elle ? Ai-je réellement été une bonne humaine pour elle ? Ai-je bien fait de la laisser aller au bout du bout ? N’aurais-je pas été plus généreuse, plus humaine, en décidant d’abréger ses souffrances après son avant-dernière attaque cérébrale ?

C’est un poncif et pourtant : qu’il est dur de voir vieillir nos compagnons tant-aimés ! En même temps, c’est en réalité une chance qui nous est offerte, un don de l’existence. Ma première saarloos, Véda, a 12 ans depuis peu. Combien de chiens n’ont pas eu la chance d’atteindre ce bel âge, emportés par la maladie, un accident, une mauvaise fortune ? Certes, mais quand même : une vie de chien, que ça passe vite ! Un jour on est là, à leur apprendre le monde, on rit de leurs facéties et de leur maladresse, et le lendemain on se réveille aux côtés d’un animal diminué, qui avance cahin-caha vers l’hiver de son existence.

Je partage actuellement ma vie avec trois chiens vieux, ou vieillissants. Véda et Namasté, mes Saarloos, ont respectivement 12 et 9 ans. Ambra, la petite tchèque, a soufflé ses 10 bougies en octobre. Qu’est-ce que cela implique chaque jour,  pour eux, pour moi, pour nous ? Quels changements se sont opérés peu à peu ? Et comment s’organise notre quotidien, avec quelles contraintes, quels impératifs, quels questionnements ?

 mouss_bebeJe fais la connaissance de Namasté, 2 mois. Aujourd’hui, Namasté est un beau « presque-papy » de 9 ans, de plus en plus agréable à vivre, intelligent, tendre et bienveillant

Un quotidien modifié, parfois même bouleversé, des renoncements…

Ce qui compte, c’est de savoir s’adapter. Ralentir le rythme. Renoncer à certaines activités. C’est ainsi que je ne pratique plus le canicross comme avant. Namasté, malgré ses 9 ans, peut encore m’accompagner courir, parfois même harnaché, mais passé 5-6 kilomètres, il s’épuise. Tant pis, pour les entraînements avec les copains, je me passe de chien, même si je suis toujours à la traîne du groupe !

Les sorties quotidiennes elles aussi se modifient peu à peu. Plus fréquentes, elles doivent être adaptées à chaque chien, au niveau individuel d’énergie de chacun – Véda a besoin de nombreuses petites balades de courtes distances, alors que Namasté ou Ambra ont encore pas mal d’énergie. Je suis également très souvent chez le vétérinaire, ou chez l’ostéopathe. Les longs voyages ne sont plus guère possibles, car les trajets en voiture fatiguent et ankylosent Véda. Quant à la pension, elle doit être « sur-mesure », et utilisée avec parcimonie. En effet, toute modification de son quotidien ou de son environnement impacte plus profondément le vieux chien, qui n’a plus la plasticité pour s’adapter aux changements. Du côté de Véda, son inconfort, ou son inquiétude se traduisent par des infections des glandes anales. Fort heureusement, car cela existe, j’ai trouvé pour elle la «THE pension», le lieu où une nounou en or veille sur elle et son bien-être ! N’est-ce pas Virginia ?

Petits tracas, petits bobos et soucis de santé

Avec un chien vieillissant, les petits tracas, les bobos, les douleurs, les raideurs, sont de jour en jour plus présents. Ambra, par exemple, ma si tonique Ambra, se fatigue de plus en plus vite. L’arthrose s’installe. Certains matins, elle rechignerait presque à sortir de son dodo, quand bien même l’attend dehors son passe-temps préféré : manger !

Si, avec les ans, le tchécoslovaque se pose (n’est-ce pas Ambra ?), passant de la case « hyperactive » à celle, plus confortable, de « juste actif », le saarloos, lui, s’apaise profondément. Le saarloos vieillissant est tout simplement délicieux. Il se bonifie avec l’âge, il gagne en sagesse, en douceur, en « humanité ». Une telle évolution rend encore plus tragique l’idée de l’inévitable séparation. Véda la sauvage, l’insoumise, est devenue sociable. Elle naguère si craintive, si rétive, n’a quasiment plus peur de rien, sympathise avec (presque) tous les humains, se désintéresse des roquets qui aboient derrière leur portail. Elle pose sur le monde un regard bienveillant, un regard qu’on dirait venu du fond des âges, presque mystique.

Bien sûr, elle reste quand même ma Véda d’amour, avec son caractère «entier». Elle est toujours prédatrice – Lilas le chat s’en souvient, la dernière attaque remonte à seulement 6 mois -, bagarreuse – ahhh les autres femelles chiens-loups, si seulement on pouvait les faire disparaître rien qu’en respirant très fort ! –  bref tout ce que j’aime dans ma Véda.

Du côté «santé» en revanche, ça n’est pas le top. Opérée des ligaments croisés aux deux pattes arrière il y a 5 ans, Véda a certes été sauvée, réparée (et avec brio), mais l’arthrose s’en est mêlée.  Elle prend aujourd’hui un traitement anti-inflammatoire quotidien, ainsi que divers compléments alimentaires, que j’achète chez sa vétérinaire ou sur Internet. Tout ceci a bien sûr un coût, d’autant qu’Ambra étant elle aussi atteinte, je lui donne les mêmes compléments qu’à Véda. Lorsqu’on a une tribu de chiens vieillissants, il faut penser « budget ». Ça a l’air trivial, pourtant c’est la réalité. C’est même une de ces réalités qui peut, dans des refuges SPA, décider de la (non) survie d’un animal.

caniformVéda en soin d’ostéopathie chez Grégory Sonrier (Cani Form’)

 

Les massages, séances d’ostéopathie and co

Sur la photo ci-dessus, on voit Véda en train de se faire masser et manipuler par Grégory Sonrier, de Cani Form’ au cours d’une séance d’ostéopathie. Outre les médicaments et compléments alimentaires, il est en  effet vivement conseillé de faire suivre son chien vieillissant, surtout s’il souffre de douleurs, par des kinésithérapeutes, masseurs, acupuncteurs, ostéopathes confirmés. L’on peut même s’initier aux massages canins auprès d’organismes certifiés, et s’octroyer de temps en temps un peu de papouillothérapie / bien-être avec son toutou. Tout ce qui contribue à la détente de l’animal et à une relation tactile de qualité est à encourager.

La prochaine étape pour Véda, ce sera un peu d’hydrothérapie, toujours chez Grégory. Jusqu’ici ce n’était pas envisageable car elle détestait l’eau (et elle était beaucoup trop farouche), mais cela semble avoir changé. Et elle apprécie beaucoup Grégory, car nous avons préalablement effectué tout un travail de désensibilisation (medical training au clicker) afin qu’elle accepte d’être manipulée en toute quiétude (on voit sur la photo qu’elle s’abandonne et s’endort).

Les yeux, la fatigue, la propreté…..

De surcroît, depuis ses 5 ans, Véda est atteinte de cataracte. Aujourd’hui, elle est quasiment aveugle. Nous avons installé des marchettes sur l’escalier, pour qu’elle ne glisse plus en descendant de son étage, et évitons de trop modifier son environnement immédiat. En raison de son arthrose, je l’aide à monter dans la voiture, et m’attends à ce qu’un jour, je sois obligée de la porter entièrement.

Elle est fatiguée, et parfois comme « déprimée », sans doute par la douleur arthrosique. Je veille donc à la stimuler mentalement, à lui offrir des plages de plaisir tout en respectant son seuil de tolérance et de fatigue. L’un des bonheurs de Véda, c’est par exemple de renifler pendant des heures toutes les odeurs des rues du village. Car sa truffe fonctionne encore à la perfection !

Véda est également incontinente. Certes, la « propreté », telle que comprise pas les êtres humains, n’a jamais été son fort. Mais maintenant, s’est ajoutée à la cause comportementale (« marquages ») une origine « mécanique » (douleurs arthrosiques, raideur de l’arrière-train), voire neurologique. Ainsi, comme avec un chiot, mais sans guère d’espoir d’amélioration, il faut être prêt à nettoyer tout le temps, à se lever parce qu’il y a eu un « accident » nocturne, à multiplier de nouveau les promenades hygiéniques.

Mais si je pense aux vieux Saarloos de mes amis, je me dis que Véda est plutôt en bon état. Certains sont en effet beaucoup plus handicapés qu’elle, et les garder heureux auprès de soi est pour leurs humains une gageure, un sacerdoce, l’émanation d’une pure bonté d’âme (la maman de Nunu se reconnaîtra). J’espère réussir, moi aussi, à « entendre » Véda lorsqu’elle diminuera encore, à lui « parler », à lui demander ce qu’elle veut pour demain, après-demain.

Les années de vieillesse font partie intégrante de la destinée d’un être vivant, et nous nous devons de les assumer pleinement. Il est même possible d’en profiter pour nouer un relationnel encore plus intense avec son animal. Je crois n’avoir jamais eu une telle tendresse pour ma chienne que depuis qu’elle est passée sur l’autre versant. Qu’elle est belle, et tendre, et douce… Qu’ils sont beaux tous mes chiens vieillissants…

Marie Perrin

 

 

 

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