Les résolutions de Nouvel An

365 jours pour bien vivre
avec nos amis à plumes et à poils

Article paru dans le magazine Clés de vie du mois de décembre

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La nouvelle année est bientôt là. Et avec elle, sa cohorte de saines résolutions, propres à chacun. Etre plus indulgent, plus attentionné, moins colérique, arrêter de fumer, ou se mettre au sport. En tant que comportementaliste, je me suis dit qu’il serait peut-être bien de vous parler de nos amies les bêtes. Et si, pour les 365 journées à venir, nous apprenions à mieux vivre avec les animaux, qu’ils soient à plumes, à poils ou à écailles ?

 

Certains d’entre vous partagent certainement leur vie avec un animal. D’autres, au contraire, ne se sentent guère d’affinités avec les « non humains ». D’autres encore ont des pensées pour le sort des animaux d’élevage, ou pour celui des bêtes sauvages, celles d’ici et d’ailleurs, de nos contrées ou de la planète entière. Dans tous les cas, quel que soit votre profil « animalier », les 365 jours qui s’ouvrent, en ce 1er de l’an 2017, peuvent vous offrir l’occasion de vous améliorer. De penser un peu plus, un peu mieux, à tous ces « silencieux ». Mais comment agir, d’un point de vue pratique, à notre humble niveau ? Voici quelques pistes de réflexion.

 

Vous préoccuper plus de Médor, Félix ou Titi 

 

Si vous êtes l’heureux propriétaire d’une petite boule de poils, de plumes ou d’écailles… la réponse semble toute trouvée ! Vous allez vous préoccuper plus de Médor, Félix ou Titi. Lui consacrer plus de temps, en veillant à ce que ce temps passé ensemble soit de qualité. Vous pouvez par exemple laisser votre portable chez vous pour la balade de Médor. Vous pouvez aussi varier les promenades (toujours de Médor), lui trouver de nouveaux chemins à renifler ou lui organiser des chasses au trésor olfactives. L’on n’y pense pas toujours, mais nos animaux s’ennuient beaucoup en notre absence. Il est possible de les occuper et de rompre la monotonie de leurs journées grâce à des jouets spécifiques (on appelle cela de « l’enrichissement de milieu »).

 

Vous pouvez aussi vous « cultiver » sur les besoins de votre animal. Lire des ouvrages de spécialistes, vous intéresser à la littérature scientifique, vous plonger dans «Mon chien est heureux» ou «Tout sur la psychologie du chat» de Joël Dehasse. Nombre de nos animaux (surtout les chiens, capables d’une double imprégnation – avec leur espèce et avec les êtres humains) « lisent » en nous comme dans un livre ouvert. Mais la réciproque est loin d’être vraie. C’est peut-être cela que vous pouvez vous engager à changer : décider d’apprendre qui est votre chien, qui est votre chat, qui est votre furet. Ses spécificités d’espèce, son langage, ses besoins propres, loin de toute tentation anthropomorphique (une biscotte beurrée ne fait pas le vrai bonheur de Médor).

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Entre embarras et inconfort : le début de la conscience

 

Vos lectures vont progressivement vous changer en profondeur. S’immisceront alors, très certainement, de douloureuses questions. Naîtront un embarras, un inconfort. Il est en effet fort probable que vous commenciez à douter. Votre animal est-il heureux ? Est-il respecté dans son intégrité ? Traité de façon éthique ?

 

Au risque de fâcher quelques lecteurs, je vais vous aider à avancer sur ce chemin bringuebalant en vous soumettant quelques questions… A-t-on le droit de faire vivre un oiseau dans une cage ? Un poisson dans un bocal ? Un chien d’une lignée de travail dans un appartement en ville ? Un ou plusieurs chats dans un studio, sans accès à l’extérieur ?

 

Dans ma pratique de comportementaliste, je vois en effet tant d’animaux qui n’ont en réalité pas de problème, qui sont juste rendus fous, malheureux, agressifs ou dépressifs par la manière dont on les force à vivre. Bien sûr, leurs maîtres les aiment, oh que oui, mais comment ? Car est-ce aimer que de forcer un chien de chasse à tourner en rond durant 8 heures dans un appartement, à attendre le retour d’un propriétaire débordé et surmené, qui ne lui offrira le soir venu qu’une maigre balade de trente minutes en bout de laisse ? Est-ce aimer que de cloîtrer un chat, une perruche, un ara, un serpent ? Est-ce aimer que de demander à un animal d’être un substitut affectif ?

 

Le dur métier d’animal de compagnie

On ne l’imagine pas, mais être un animal de compagnie, c’est en réalité bien compliqué ! Il faut être « sage », ne pas faire de bruit, accepter les contraintes sans geindre ni détruire, subir tant d’incohérences, de violences et de maltraitances invisibles. Tous les propriétaires que je rencontre sont a priori bienveillants, et pourtant… Chiens parfumés, lavés, pomponnés, habillés, chats exposés dans des bars, soumis aux papouilles d’une pléiade d’inconnus en mal de tendresse, perroquets encagés, déplumés, stressés… Que vivent nos animaux à nos côtés ? Tout ceci est-il vraiment respectueux ?

Je passe volontairement sous silence tout le business lié aux animaux de compagnie. Car pour une partie de la population, l’animal est un bien de consommation, un ornement, un faire-valoir, un objet que l’on achète à Noël et que l’on jette à Pâques. Les bénévoles des refuges vous le diront, nul besoin d’en rajouter…

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Achetés à Noël, jetés à Pâques…

 

La question du choix, des hypertypes, en ville comme à la campagne

Enfin, « last but not least », j’ai envie d’évoquer le choix même de son compagnon de vie. Pourquoi opter pour un carlin, un bouledogue anglais, ou tout animal dont la morphologie impacte la santé et le bien-être ? La sélection des éleveurs, la « mode », la demande des clients ou les besoins agricoles ont encouragé les « hypertypes ». Certaines races de chiens et de chats, mais aussi de vaches, de cochons ou de chevaux sont aujourd’hui de pures aberrations. Ces bêtes naissent handicapées, définitivement souffrantes, avec la bénédiction de tout le monde. Quant aux animaux exotiques, les plus étranges et originaux possible, que font-ils dans nos cités occidentales ? Nous oublions trop souvent que tout animal est un être sensible, doué d’intelligence, un être qui mérite que du début à la fin, nous fassions tout pour son bien-être.

Alors certes, nous leur apportons le gîte et le couvert, ainsi que la sécurité (du moins les animaux de compagnie), mais est-ce de cela, réellement, qu’ils ont besoin ? Pour simplifier, disons qu’un poisson a plus d’intérêt à nager tranquillement dans la nature, malgré les risques encourus, qu’à faire encore et encore, jour après jour, le tour de sa prison. Qu’un chien a besoin de côtoyer des congénères, de s’ébattre sans contraintes, de « discuter » avec des amis canins. Qu’un chat a besoin de pouvoir chasser, courir, découvrir, en toute liberté. Qu’une vache a très certainement envie d’autre chose que de ruminer dans un hangar aveugle, et qu’un cheval aimerait mieux brouter au pré que de subir la selle et la cravache…

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Au-delà de l’animal de compagnie

Par-delà toutes ces considérations, pour mieux vivre avec nos amis non humains pour les 365 jours à venir, nous pouvons aussi nous intéresser à la philosophie, à l’éthologie, aux religions. Parcourir «Le Silence des bêtes» d’Elisabeth de Fontenay ou «Sommes-nous trop bêtes pour comprendre l’intelligence des animaux» de Frans de Waal. Nous renseigner sur le jaïnisme, le bouddhisme, le végétarisme, le veganisme ou l’antispécisme. Nous pouvons choisir de ne plus emmener nos enfants dans des zoos, ni au marineland. Leur préférer les spectacles (magnifiques) des cirques sans animaux (Cirque du Soleil, Cirque Plume). Veiller à ne plus acheter de produits testés sur animaux et réfléchir, plus généralement, à toutes les bêtes sauvages de la planète, tellement menacées que d’aucuns parlent de « sixième extinction ».

Enfin, pourquoi ne pas nous demander ce que nous avons dans notre assiette ? Penser au sort de ces milliards de bêtes d’élevage, à leur vie concentrationnaire de misère et à leur fin encore plus abjecte, dans le sang, les cris, la peur et la douleur… Les écrits et interventions de l’ethnologue et anthropologue Jean-Pierre Digard sont, sur le sujet, éloquents* – Digard soutient ainsi que le surinvestissement des animaux de compagnie est l’exact pendant de la maltraitance et réification des animaux de rente. Me vient ainsi, tout simplement, une idée : et si, pour les 365 jours à venir, nous apprenions à ouvrir les yeux sur la condition animale, la condition de tous les animaux ?

 

Marie PERRIN

  • En 2008, dans le cadre d’un séminaire, Jean-Pierre Digard évoque ainsi « une hiérarchisation très nette entre une élite animale (les animaux de compagnie) et une plèbe animale (les animaux de rente). Les premiers sont exposés et survalorisés avec ostentation, tandis que les seconds sont marginalisés, enfermés, dissimulés, ignorés ».
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