Au secours, mon chien tire à la laisse !

Rex le beauceron tire comme un fou sur sa laisse, au point que sa propriétaire a l’épaule en vrac. Sans doute une tendinite. Quant au maître de Maxou le berger australien, il a fini le nez par terre, avec un genou en vrac. Rex et Maxou ne sont que deux exemples parmi tant d’autres : mais pourquoi nos toutous tirent-ils avec autant d’acharnement sur leur laisse ? Et comment y remédier ?

Quand on travaille comme éducateur canin, on est très souvent appelé par des propriétaires désemparés car leur toutou tire à la laisse. C’est même l’un des principaux problèmes rencontrés par les maîtres. Encore hier, j’ai été contactée par un monsieur : son jeune malinois de 5 mois tire comme un fou lors des promenades, il est tombé, s’est fait mal, et s’inquiète de l’avenir. Comme lui, des des centaines, des milliers, des millions de propriétaires se demandent comment mettre un peu d’ordre dans les promenades quotidiennes de Médor.

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La promenade à la laisse, pas toujours un long fleuve tranquille !

Le problème de la laisse

Le principal problème, quand un chien tire à la laisse, c’est en réalité… la laisse ! Comme le souligne Antoine Bouvresse*, vétérinaire et comportementaliste français, avec la laisse, le chiot apprend tout simplement à tirer pour aller là où sa truffe et son niveau d’énergie l’emmènent. Le plus simple, pour qu’un chien ne tire pas à la laisse, c’est de ne pas la lui imposer quand il est tout bébé. A 2 mois, quand on va chercher son chiot chez l’éleveur, il n’a pas encore le goût de la fugue, ni vraiment de l’aventure ! Il va tout naturellement suivre son humain, il est programmé pour ça. Pour peu qu’on ait déjà un autre chien, un adulte équilibré, habitué à être promené sans laisse, le petit va apprendre par mimétisme, suivre à la fois son « grand frère » canin et son humain, s’adapter aux habitudes et au rythme de son groupe de vie. L’apprentissage vicariant fonctionne alors à plein régime, et il n’y a pas plus efficace que lui !

Bien sûr l’on m’objectera qu’en centre-ville, ce n’est pas toujours possible. Soit. Ce n’est en tout cas pas l’avis de Thierry Bedossa, lui aussi vétérinaire et comportementaliste, qui raconte dans son dernier ouvrage, « Tout sur le toutou »*, comment il habitue ses chiens à rester auprès de lui et à traverser sur les passages piétons en ville, le tout évidemment sans laisse.

D’accord, tout le monde n’est pas Thierry Bedossa, tout le monde n’a pas son expérience, ses compétences, son flegme. Alors que faire quand on est un propriétaire lambda, qui vit en ville avec un chiot ? Essayer tout simplement de faire un maximum de promenades dans des parcs, des endroits verts, où l’on pourra sans risque lâcher son chiot et le laisser aller à sa guise, renifler, faire ses expériences, découvrir le monde sans entrave, mais aussi sans stress. Lorsque les affres de l’adolescence viendront soudain tout bouleverser, que l’envie de désobéir, de prendre le large et de s’émanciper troublera la quiétude de la relation humain-chien, il sera toujours temps de songer à cette laisse tant honnie, mais néanmoins parfois indispensable compagne de promenades sereines.

Une histoire de niveau d’énergie

Souvent, lorsque toutou tire à la laisse, c’est parce qu’il déborde d’énergie ! Imaginez : vous venez de passer huit heures la tête en l’air, à vous ennuyer et à bailler, et soudain on vous propose votre activité préférée. Nul doute que vous serez plein d’enthousiasme, peut-être même chantonnerez-vous et esquisserez-vous des petits pas de danse. Il en va de même pour votre chien : il a de l’énergie à revendre, il vous a attendu toute la journée, et enfin il va avoir droit à sa promenade ! Il est tout à fait logique qu’il tire comme un fou : en un mot comme en cent, il est con-tent ! C’est sa promenade, ne l’oublions surtout pas, et il a le droit d’en profiter !

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Les chiens attendent souvent toute la journée le moment de leur promenade…

Chaque chien possède son propre niveau individuel d’énergie (ou NIE). Celui-ci est fonction de sa race, mais aussi de son individualité. Chaque propriétaire devrait connaître le NIE de son chien, et veiller à bien le combler. Certaines races de travail ont ainsi de l’énergie à revendre ! Les border collies, par exemple, sont génétiquement programmés pour travailler au troupeau. Trois petites promenades de 20 minutes ne seront pas adaptées à son tonus : outre que l’on peut affirmer qu’il s’agit là d’une forme de maltraitance invisible, l’on ne s’étonnera pas d’avoir un chien ingérable en bout de laisse, littéralement dingue de son envie de s’éclater librement.

Un chien dont on comble le NIE sera plus facile à promener à la laisse. Il ne faut pas hésiter à aller courir, faire du vélo, donner des activités diverses et variées à son chien si l’on sent qu’il a un potentiel énergétique élevé. Bien sûr, il faudrait surtout se poser la question de la race avant l’adoption : un border collie en plein centre de Paris n’est pas l’idée du siècle, pour le chien d’abord, mais aussi pour son humain.

Un matériel adapté

Si vous ne pouvez pas lâcher votre chien en début de promenade, le temps que son excitation retombe, veillez à avoir un matériel adapté. Plus votre laisse sera courte, plus il exercera une traction forte pour aller là où ses envies et sa truffe le portent. Avec une laisse plus longue – mais néanmoins sécurisée évidemment !-, il pourra tranquillement aller de droite et de gauche, renifler à loisir, accélérer et décélérer à sa guise.

Il est également important de prendre en compte le gabarit du chien. Pour pouvoir être retenu en toute circonstance, un chien ne devrait pas peser plus d’un cinquième à un quart du poids de son propriétaire (source Joël Dehasse). Au-delà, l’animal peut très facilement entraîner son humain à sa suite.

N’oublions pas non plus que le rythme d’un chien et celui d’un humain ne sont pas identiques. Parfois, en se forçant à activer la cadence, l’on s’aperçoit que la tension sur la laisse diminue. Là encore, chaque chien est unique : certains sont plus actifs que d’autres, ont une allure plus alerte que d’autres. Certains sont de grands renifleurs, qui s’arrêtent 10 minutes sur chaque page du journal olfactif que constitue leur promenade, là où d’autres avancent bille en tête, comme s’il s’agissait de gagner une course. A chaque maître de connaître son chien, et de s’adapter à lui.

Les harnais classiques, type Julius K9, sont faits pour que le chien tire : une fois équipé de ce matériel, toutou va avoir tendance à utiliser sa force et à vous tirer. Il ne lui faudra pas longtemps pour apprendre ceci, puis pour perfectionner sa technique de tractage. Si l’on souhaite empêcher un chien de tirer, il existe des harnais spécifiques, les Easy Walk, vendus en animalerie ou sur des sites spécialisés. La version Animalin est également très agréable puisqu’elle cumule harnais anti-traction type Easy Walk et harnais de traction type Julius K9. L’on peut ainsi basculer d’une fonction à l’autre selon les environnements, et les attentes du moment.

Harnais Easy Walk à gauche, harnais Animalin à droite

La marche au pied : une contrainte forte, à utiliser avec parcimonie

La marche au pied, chien collé à la jambe de son humain, n’est pas naturelle pour le chien. Elle n’est pas non plus éthologique, et fatigue l’animal. Sous peine de voir les promenades se transformer pour lui en véritable calvaire, elle ne doit être utilisée que dans certaines conditions : marche sur la route, sur des trottoirs étroits, quand on croise des gens ou d’autres chiens. En aucun cas elle ne doit constituer l’ensemble de la balade.

Le chien doit en effet pouvoir vaquer à ses occupations de chien, renifler les dépôts d’odeurs, marquer les endroits qui lui « parlent », bref communiquer et vivre sa vie. Si vraiment Médor abuse, et a pris l’habitude de promener son humain comme un fanion claquant au vent, l’on utilisera des méthodes non coercitives, qui feront appel à ses capacités d’apprentissage : dès que la traction devient trop forte, l’on s’arrête. Et dès que la tension sur la laisse se relâche, l’on se remet en marche en disant « doucement ». La technique est efficace, mais elle demande constance et patience. Progressivement, Médor va se rendre compte qu’il n’obtient satisfaction qu’en calmant ses ardeurs.

L’on peut aussi s’amuser à changer de direction, sans prévenir Médor, qu’il prenne peu à peu le pli de faire attention à celle ou celui qui se trouve à l’autre bout de sa laisse. Et qu’il s’aperçoive qu’il ne mène pas systématiquement la danse. Mais bien sûr, tout ceci n’interviendra qu’en dernier recours. Car pour la marche en laisse sans tirer comme pour bien d’autres éléments de l’éducation d’un chien, l’idéal c’est l’anticipation. C’est-à-dire réfléchir et agir en amont de telle sorte que toutou soit le plus agréable des compagnons, bien dans ses coussinets de chien…

Marie Perrin

* Pour suivre les aventures d’Antoine Bouvresse :
http://veterinaire-comportement.blogspot.fr/

* Thierry Bedossa, Tout sur le toutou : Guide à l’usage des maîtres de chiens, éditions Anne Carrière, 2015.

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