Guide pratique du clicker malin

Dimanche matin, lors de la séance collective hebdomadaire, nous avons débuté le travail au clicker training avec quelques maîtres investis et intéressés. L’occasion de récapituler la manière de procéder avec ce petit outil d’apprentissage (que personnellement je trouve magique).

Qu’est-ce que le clicker (training) ?

Le clicker est un petit boîtier muni d’un bouton pression ou d’une languette qui, lorsqu’on les presse, délivrent un petit « clic » caractéristique. Ce bruit, qui varie selon chaque clicker, est systématiquement associé à la délivrance d’une friandise. Le « clic » est l’équivalent d’un « oui c’est bien ». Si l’on maîtrise bien son « timing », il vient très précisément au moment opportun, ni trop tôt ni trop tard. Il est bien plus précis que la voix humaine. Spécialistes et adeptes de cette méthode de conditionnement louent également la constance du « clic » qui, contrairement à la voix, ne véhicule aucune émotion, donc ne vient pas entraver ou parasiter le processus d’apprentissage.

clicker01

D’où vient-il ?

Au départ, le clicker (ou le sifflet) était utilisé pour conditionner les animaux sauvages, notamment les cétacés, des bêtes qu’il est impossible de contraindre ou de soumettre à la punition positive *. Cette technique a ensuite été transposée, dans les années 80, aux animaux de compagnie, notamment les chiens, par une pionnière aujourd’hui mondialement connue, Karen Pryor (https://clickertraining.com/)

Petits rappels sur les conditionnements classique et opérant.

Le conditionnement classique (ou pavlovien, ou de type 1) : une association se crée entre un stimulus neutre et un stimulus inconditionnel (qui déclenche une réponse réflexe, ne nécessitant pas d’apprentissage). Par exemple un chien salive quand il entend un cloche, parce que le son de la cloche a été associé à de la nourriture.

Ci-après la vidéo de l’expérience de Pavlov :

https://youtu.be/N5rXSjId0q4

Le conditionnement opérant (ou instrumental, ou skinnerien, ou de type 2) : l’apprentissage résulte d’une action et de ses conséquences. Il s’agit d’un apprentissage qui repose sur deux éléments, le renforcement et la punition, chacun étant potentiellement négatif ou positif.

Renforcement et punition

  • Renforcement : il s’agit du fait de rendre plus probable l’apparition d’un comportement
  • Punition : il s’agit de diminuer la probabilité d’apparition d’un comportement
  • Positif : ajout d’un stimulus
  • Négatif : retrait d’un stimulus.

On se retrouve ainsi avec quatre possibilités :

  • Renforcement positif : l’ajout d’un stimulus appétitif augmente la probabilité qu’un comportement soit reproduit – utilisation de la friandise
  • Renforcement négatif : le retrait d’un stimulus négatif augmente la probabilité qu’un comportement soit reproduit – par exemple, dans les anciennes méthodes de dressage, on cesse de tirer le collier vers le haut dès que le chien s’assied
  • Punition positive : l’ajout d’un stimulus aversif tend à diminuer la probabilité qu’un comportement soit reproduit – dans les anciennes méthodes de dressage, tirer sur le collier étrangleur quand le chien tire en laisse
  • Punition négative : le retrait d’un stimulus appétitif tend à diminuer la probabilité qu’un comportement soit reproduit – tourner le dos et s’immobiliser quand le chien nous saute dessus

Enfin, il existe deux types de renforçateurs :

  • primaire (liés à un besoin, la nourriture par exemple)
  • secondaire (lié à un apprentissage).

La technique du clicker n’utilise que le renforcement positif, c’est l’un de ses atouts. Elle associe par ailleurs renforçateurs primaire (la nourriture) et secondaire (le clic qui dit « yes, well done !» et qui annonce la friandise à venir). Enfin, elle mêle les conditionnements de types 1 et 2 : lorsqu’on « charge » le clicker, on apprend au chien à associer le clic et la friandise (conditionnement pavlovien). Puis, une fois que cette étape est franchie, le chien doit réfléchir, comprendre, agir (action puis conséquence) : en un mot comme en cent, être acteur de son propre apprentissage ! Et ça, ça n’a pas de prix !

Comment s’en servir ?

Première étape : Charger le clicker ! Durant 5 à 7 jours, plusieurs fois par jour, on clique et on donne une friandise au chien, de manière concomitante. Le but étant que le chien associe le bruit du clicker avec le bonbon qui lui est donné. Au bout de ces 5 à 7 jours, on vérifie que l’association est créée : si l’on clique inopinément et qu’immédiatement, le chien se met en alerte, c’est qu’il a appris que clic = bonbon. On va désormais pouvoir travailler ! Et s’amuser !

Avec le clicker training, le but est de laisser le chien chercher, tâtonner, trouver la réponse par essais-erreurs, un peu à la manière du jeu du « chaud / froid ». Le chien propose un certain nombre de comportements : soit son humain clique, signifiant que « oui », il est sur la bonne voie, soit il ne clique pas, signifiant que « non », les propositions émises par l’animal ne sont pas correctes. Ainsi, petit à petit, par « shaping » (ou approximations successives), l’animal peut construire un comportement complexe comme ouvrir une porte, fermer un tiroir, se coucher sur une serviette. Acteur de son apprentissage, il réfléchit, se dépense intellectuellement, sollicite ses neurones : attention, une séance de clicker training est extrêmement fatigante pour les animaux !

De surcroît, comme le chien réfléchit, qu’il trouve lui-même la ou les solution(s), l’apprentissage est durable.

Certaines personnes utilisent le clicker de manière plus classique, à la manière du « oui c’est bien ».  Par exemple on demande un « assis », le chien s’assied, on clique immédiatement, puis on récompense. L’effet n’est pas tout à fait le même, notamment en matière d’apprentissage…

Enfin, l’on peut utiliser la « cible » (ou « target »), qui permet de guider l’animal, un peu comme on le ferait avec une croquette. Là encore, l’effet n’est pas le même qu’avec une vraie proposition de la part de l’animal, mais la cible permet de conditionner des chiens aux manipulations vétérinaires les plus désagréables et pointues.

A plusieurs binômes en même temps ?

Il est tout à fait possible de travailler à plusieurs binômes en même temps. Les sons émis par les clickers seraient tous différents, et les chiens feraient parfaitement la différence entre le son de leur clicker et le son du clicker du voisin. De toute façon, un chien qui travaille au clicker est généralement très concentré sur son humain, et il fait abstraction de tout ce qui l’environne.

Un outil d’apprentissage

Le clicker est un outil d’apprentissage, ce qui signifie que quand un comportement est appris, qu’on a pu lui associer un mot, on abandonne le clicker pour revenir au renforcement aléatoire classique – « oui », caresse, friandise, parfois même rien du tout. On peut en revanche le ressortir pour affiner un exercice mal exécuté, ou pour reprendre des ordres oubliés.

Quelques exercices pour débuter

  • Laisser le chien proposer : on clique tout comportement qu’on trouve intéressant, ou amusant, le tout étant de concentrer le chien sur soi et de s’amuser. On peut ainsi cliquer un assis, puis un couché, puis attendre un debout, puis un coup de museau du chien… L’imagination est sans limites !
  • Je suis mon maître : il bouge, je bouge, il s’arrête, je m’arrête. Cet exercice est parfait pour l’apprentissage de la marche en laisse sans tirer. Le chien est attentif, focalisé sur son maître.
  • Le regard : on clique lorsque le regard du chien rencontre notre regard. Au début, on peut s’aider d’une friandise que l’on met à proximité de son visage. Le chien va suivre ce bonbon du regard, le tout étant d’attendre le moment où il va décrocher son regard du bonbon pour croiser le regard de son maître. Attention, ce moment peut être très fugace, il est donc important d’apprendre à bien cliquer, au bon moment. Sur cette vidéo, on voit le docteur Antoine Bouvresse entraîner un chien au « look » : https://youtu.be/Eh_mfoZtwaA
  • S’amuser, sans rien vouloir de plus : on peut cliquer chaque étape menant à un « couché sur le tapis » ou à « quatre pattes dans un carton ou sur un couvercle de tupperware ». Là encore, laissez marcher votre imagination !

Comment s’entraîner à cliquer au bon moment ?

Tout simplement avec une balle de tennis. On demande à un partenaire (humain) de lancer une balle au sol, le but étant de cliquer à chaque fois qu’elle touche le sol. On peut aussi cliquer des poules sur Internet : la poule est très rapide, et si on arrive à cliquer le moment où elle picore son grain, par exemple, on est généralement dans le bon « timing », l’élément le plus important du clicker training !

Et si l’on se trompe dans le timing ? Eh bien tant pis, on récompense quand même le chien ! On cliquera mieux la prochaine fois ! Le chien n’est pas responsable de nos erreurs !

Qu’est-ce que le timing ?

C’est simplement le fait de cliquer au moment opportun. Le clicker permet de saisir un comportement sur une fraction de seconde. Mais pour cela, il faut être précis, savoir utiliser le clicker, sous peine de cliquer d’autres comportements. Ce timing est lié à la loi de la contiguïté temporelle : la réponse doit suivre immédiatement le comportement approprié. Si la réponse (récompense) vient plus tard, c’est un comportement qui s’est produit par la suite qu’on va récompenser, et donc fixer chez l’animal (par exemple : le chien s’assied sur ordre, puis il regarde son maître, puis il regarde en l’air, et seulement viennent le « oui » et la friandise. Le maître pense avoir récompensé le « assis » alors qu’il a récompensé le nez en l’air).

Avec le clicker, on arrive à être dans un renforcement réellement immédiat : le clic peut, si l’on se débrouille bien, se superpose complètement à l’action du chien.

Aller plus loin

  • Le clicker training permet également la rééducation de comportements gênants. L’on va privilégier des comportements alternatifs, incompatibles avec les comportements non désirés. Le clicker est ainsi très utile dans la gestion et la rééducation des chiens dits « réactifs »… A condition que les maîtres soient compétents, parce que dans ce domaine, une erreur est malheureusement vite arrivée, et l’on a tôt fait d’ancrer plus profondément les comportements que l’on souhaitait voir disparaître. Pour tout problème de comportement, il faut donc impérativement se faire aider d’un éducateur formé à ces techniques de contre-conditionnement.
  • Le medical training : le clicker est très utile pour habituer ou désensibiliser les animaux aux actes médicaux, parfois même les plus intrusifs. Un exemple avec cette vidéo de Chirag Patel (qui utilise le sifflet à la place du clicker, et récompense également au jouet) : https://youtu.be/40I_fx6AH0M
  • Les disciplines SCC Le clicker est très efficace dans des disciplines comme l’agility, l’obéissance, le dog dancing. En agility, il permet ainsi au chien de bien intégrer les « zones ». En obéissance, il permet d’obtenir une marche au pied plus rigoureuse, sans « leurring » et sans contrainte.

Last but nos least

Le grand intérêt du clicker, c’est qu’il fait du chien un acteur de son apprentissage. Le chien pense qu’il mène la danse, il apprend à proposer, il est plus confiant, plus joyeux. D’après les spécialistes anglo-saxons du clicker, ce petit « clic » en apparence anodin mettrait les chiens dans un état de bien-être : rien de mauvais ne peut leur arriver, dès lors qu’on clique.

Pour tous les chiens ?

Officiellement oui. En réalité non. Certains chiens sont en effet moins enclins à réfléchir, ils ont vraiment du mal à comprendre qu’ils peuvent proposer des actions. Cela n’empêche pas d’utiliser le clicker de manière plus classique, à la manière d’une friandise. Certains chiens, instables émotionnellement, peuvent également se surexciter de devoir proposer. Dans ce cas, le clicker sera utilisé pour marquer les moments de calme, pas pour réfléchir à quoi proposer pour que le clicker clique et que la friandise arrive dans leur bouche affamée ! D’autres chiens, fort heureusement plus rares, peuvent avoir peur du son du clicker, aussi étrange que cela puisse paraître ! (et j’en connais deux !)

Enfin, il est bon de se souvenir que le clicker marquant le bon comportement, la bonne action, c’est lui qui doit être activé quand l’action adéquate est proposée par le chien : la friandise se trouve alors rangée, dans un sac accroché à la ceinture ou posé à proximité. On ne doit pas cliquer et donner la friandise en même temps, mais de manière successive. La friandise vient APRES le clic, quelques secondes plus tard. Pensez à votre clicker, pas au bonbon que vous allez donner au chien ! Et surtout, rangez vos friandises, elles ne doivent pas servir à guider le chien, elles ne sont là qu’en complément du clic…

Prêts ? And now, enjoy !

Marie Perrin

  • La méthode du clicker training est née dans les années 40-50, inventée par Marian et Keller Breland, deux étudiants de Skinner, le père du conditionnement opérant. Ils affinèrent leur technique en travaillant avec des chiens, des pigeons puis des mammifères marins, associant une récompense à un stimulus sonore.

 

 

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